Edito du 26 Décembre

 

Lorsque la collection Yves Saint Laurent et Pierre Bergé a été vendue aux enchères en 2009 grâce à Christie’s, sa qualité intrinsèque et la notoriété de ses collectionneurs lui ont assuré un grand succès : près de 400 millions d’euros de chiffre d’affaires. Une première en France.

Feu David Rockfeller était plus prudent. Avant même la mise aux enchères d’un tableau de Rothko en 2007, il savait déjà ce que la vente allait lui rapporter. Sotheby’s lui avait garanti une somme non divulguée, mais que les experts ont estimé à 46 millions de dollars. La vente a finalement rapporté 72,8 millions de dollars.

Ce procédé de prix garanti consiste à fixer à l'avance un prix minimal qui sera versé au vendeur quel que soit le résultat des enchères. Si l'oeuvre n'atteint pas ce prix, elle est achetée par la maison de ventes au prix convenu et vient grossir le stock de la société ; à charge pour cette dernière de la négocier ensuite en vente privée. Si, au contraire, les enchères montent au-dessus du chiffre de la garantie, le vendeur et la maison de vente se partagent généralement l'excédent 50-50.

Cette pratique a été utilisée avant la crise financière de 2008 par les grandes maisons de ventes mondiales pour attirer les meilleurs clients. Elle a contribué à la flambée des prix. Mais la leçon a été douloureuse pour Sotheby’s et Christie’s lorsque le marché s’est retourné : 200 millions de dollars de pertes au total.

Les acteurs sont aujourd’hui devenus plus prudents mais la demande reste présente. Il n’est jamais facile d’anticiper le succès d’une vente d’une œuvre d’art. « L’Etude pour le Pape Rouge » de Francis Bacon, qui était estimé entre 60 et 80 millions de livres, n’a séduit aucun acheteur.

Les garanties sont redevenues une arme de conquête commerciale, notamment pour les œuvres d’après-guerre et les œuvres d’art contemporaines, pour lesquelles le résultat des enchères est plus aléatoire. Le mois dernier, deux cinquièmes des enchères organisées par Sotheby’s, Christie’s et Phillips étaient garanties, pour un montant estimé à 537 millions de dollars.

Mais les maisons de vente ont sécurisé leur pratique de prix garanti. Elles recourent désormais à des investisseurs extérieurs qui, préalablement à la vente, placent un ordre irrévocable d’achat à un prix déterminé.

Cette financiarisation du marché de l’art ne devrait faire que des heureux. Les vendeurs sont assurés d’obtenir un prix minimum. Les maisons de vente ne sont plus exposées au risque de mévente. Les investisseurs peuvent réaliser de juteux profits. « Salvator Mundi », attribué à Léonard de Vinci a été adjugé pour la somme record de 450 millions de dollars en 2017 alors que le prix garanti n’était que de 100 millions de dollars.

Le fonctionnement du marché s’en trouve toutefois biaisé. Les garants se retrouvent dans une situation privilégiée par rapport aux enchérisseurs qui connaissent l’existence de la garantie mais pas son montant, ni l’identité du garant. De même, il est impossible de savoir si l’enchérisseur final était un véritable acheteur ou un garant qui exécutait les termes de son contrat.

Dee nouveaux produits financiers ont été créés pour profiter de la manne financière. Pi-eX, une société de conseil en œuvre d’art, permet à des particuliers d’acheter une fraction du prix garanti via des « futures ».

La spéculation, alimentée par des particuliers peu au fait du risque du marché de l’art, ne peut que repartir. La prochaine crise financière devrait faire de nouvelles victimes.

Vous êtes intéressé par l’art ? Le Cabinet Maubourg Patrimoine va lancer prochainement une ligne d’activité spécifique pour aider ses clients à mieux vendre, acheter ou assurer. Nous y reviendrons d’ici quelques semaines.