Edito du 27 février 2019

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Madame, Monsieur,

Dans les chapitres 6 à 9 du livre de la Genèse, Dieu, observant la méchanceté et la perversité des hommes, décide de faire tomber un déluge sur la Terre pour y détruire toute vie, « depuis l'homme, jusqu'aux bestiaux, aux bestioles et aux oiseaux du ciel ». Un homme, Noé, trouve toutefois grâce à ses yeux car il apparaît « juste et intègre parmi ses contemporains ». Pour survivre, il doit construire une arche répondant à un cahier des charges très précis : « trois cents coudées pour la longueur, cinquante coudées pour sa largeur, trente coudées pour sa hauteur ».

Dans la finance moderne, les heureux élus qui, grâce peut-être à une intervention céleste, ont la préscience de l’arrivée d’une crise financière, souhaitent aussi s’embarquer sur leur arche. Mais quel est l’instrument qui garantira leur salut ? Comment sécuriser ses avoirs lorsque le monde financier part en vrille et que la valeur de ses actifs s’effondre ?

La réponse naturelle semble être le cash, l’actif le plus liquide, dont la valeur n’est pas sensée fluctuée. Mais ce n’est pas si simple. Comme on l’a vu en 2008, certains « cash » sont plus sûrs que d’autres. La monnaie dans laquelle il est libellé est importante. Si l’économie d’un pays ou d’une zone économique s’effondre, sa monnaie en pâtit. Le refuge monétaire ultime paraît être le dollar, émis par le pays le plus puissant au monde et utilisé par tous comme instrument de réserve, de valeur et d’échange. Les obligations du Trésor américain ont souvent été le dernier recours des épargnants lors des crises financières récentes.

Mais le dollar peut aussi connaître ses faiblesses. L’économie américaine est en surchauffe, ses déséquilibres internes et externes s’accroissent dangereusement. Les foucades de son président effrayent certains.

En des temps plus lointains, ce n’était pas le dollar qui était considéré comme la valeur refuge mais l’or. Pivot du système monétaire international, il est passé de mode après le krach financier de 1929 et l’abandon du système de Bretton Woods.  Toutefois, à chaque grande crise, il connait quelques convulsions qui nous rappellent à son bon souvenir, la dernière après la chute de Lehman Brothers. La situation est plus calme aujourd’hui. Après avoir atteint 2.000 dollars l’once au début de la décennie, son cours a baissé et fluctue autour de 1.200 dollars. Pire, il s’est affaibli en 2018 alors que les marchés financiers ont connu à la fin de l’année un début de panique.

 L’or serait-il réellement devenu la « relique barbare » dont l’avait qualifié Keynes ?

 Il est confronté à des vents contraires. Il est supposé constituer la meilleure couverture contre l’inflation, fléau des crises financières. Mais la hausse des prix est plafonnée aujourd’hui à 2 % l’an, les banques centrales se félicitant d’avoir échappé au spectre de la déflation. L’or n’est pas non plus bon marché. Il était descendu à moins de 2.000 dollars l’once au début des années 2000.

Le métal précieux reste pourtant indispensable faute de mieux.

L’euro n’a jamais été une monnaie mondiale et ne le sera probablement pas dans un avenir proche. Aucune souveraineté ne le protège réellement. Il n’existe pas de mécanismes globaux permettant de fluidifier le fonctionnement de sa zone monétaire.

Le yuan n’est pas encore convertible et reste un « nain » monétaire.

Le yen et le franc suisse appartiennent à des Etats riches dont la position nette (les avoirs financiers externes détenus par les résidents moins les engagements qu’ils ont contractés à l’étranger) est largement positive. En cas de crise, les épargnants internationaux sont tentés de se réfugier vers ces pays. Mais leurs banques centrales, craignant l’impact d’une réévaluation sur leur économie, recourent dans ces situations à la création massive de monnaie pour amortir l’effet relutif. Ce n’est pas très protecteur !

Le dollar reste la monnaie de référence. L’économie mondiale est massivement emprunteuse de billets verts. Elle est également gorgée d’actifs américains. Les actions de ses sociétés représentent plus e la moitié des indices boursiers mondiaux. Sa dette obligataire dépasse les 100 % du PIB.  Le greenback est encore le principal instrument de réserve des banques centrales.

Mais la situation évolue. Nonobstant les déséquilibres mentionnés plus haut, le dollar pâtit de sa puissance. Il est devenu l’arme privilégiée par les dirigeants américains pour sanctionner les Etats ou les entreprises récalcitrants. L’Iran est sa dernière victime. Certains se rebellent. La Russie et la Chine vendent leurs dollars pour acheter de l’or. La part du dollar dans les réserves des banques centrales est passée de 65 à 62 % depuis l’élection de Donald Trump. Les achats nets d’or par les banques centrales ont progressé de 74 % l’an dernier, la hausse la plus importante depuis 1971 lorsque le dollar est sorti du système monétaire de Bretton Woods.

Le dollar continuera à jouer un rôle majeur pour protéger en dernier ressort les épargnants du monde entier. Mais, pour être certains d’atteindre le Mont Ararat, les Noé des temps modernes feraient bien de rester investis dans la relique barbare.