Edito du 15 mai 2019

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Privatisation d’Aéroports de Paris ou nationalisation de la CNP, les députés ont choisi…

Le Parlement vient d’’adopter la loi Pacte (pour plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises). Loi « fourre-tout », elle a pour ambition de donner aux entreprises les moyens d’innover, de grandir et de créer des emplois. Elle devrait apporter des améliorations significatives en matière notamment d’épargne salariale, de fonctionnement des marchés financiers et de régulation des monnaies cryptographiques. Elle pourrait également conduire à une évolution significative de la pratique de nos institutions grâce à l’organisation d’un « référendum d’initiative partagée » sur le thème de la privatisation des Aéroports de Paris.

Notre pays est plein de contradictions. La privatisation d’un aéroport peut prêter à discussion s’agissant d’une entreprise en situation monopolistique. Les Etats Unis ont choisi de les maintenir dans le domaine public. La plupart des pays européens ont opté pour les capitaux privés et ont montré qu’il était possible de réguler ainsi efficacement l’infrastructure aérienne. Mais, en France, la messe est déjà dite. Aéroports de Paris est coté en Bourse et fonctionne déjà comme une entreprise indépendante de l’Etat. Que le référendum soit ou non organisé, le combat est symbolique.

L’opposition parlementaire n’a en revanche rien trouvé à redire sur une mesure de la loi Pacte beaucoup plus contestable et potentiellement génératrice de gaspillage d’argent public : le rapprochement de la CNP et de la Banque Postale et l’intégration de La Poste dans la Caisse des Dépôts.

Nous sommes revenus au Programme Commun. La privatisation totale d’une entreprise déjà privée est rejetée, la nationalisation d’une société d’assurances (presque) privée massivement soutenue.

Les députés devraient pourtant être vigilants sur la stratégie de la Caisse des Dépôts. Ils sont présents dans son Conseil de Surveillance. Ils se sont montrés à de nombreuse reprises soucieux du bon emploi de sa trésorerie.

Ce Meccano financier n’est pas sans rappeler les vaines tentatives des gouvernements précédents : plan calcul, création d’Areva, sauvetage d’Alstom, … Les Pouvoirs Publics aiment à jouer aux banquiers d’affaires avec l’argent des citoyens.

Pourquoi cette opération financière est-elle néfaste ?

Premier problème, La Poste en tant qu’entreprise de distribution de courrier est condamnée à moyen terme. Le chiffre d’affaires baisse inexorablement et rapidement, malgré des hausses de prix du timbre régulières. Le développement de l’activité « colis » compense partiellement la chute du courrier mais, sur ce marché, La Poste n’intervient pas en tant que service public régulé mais comme opérateur privé concurrentiel. Les diversifications engagées par La Poste pour occuper son personnel (collecte des déchets, accompagnement des personnes âgées) resteront des gadgets et ne seront jamais rentables. La question du service public postal est taboue en France alors que de nombreuses postes européennes sont aujourd’hui totalement ou partiellement privatisées.

L’intégration de La Poste dans le groupe Caisse des Dépôts est le début de réponse du gouvernement. Un premier pas pour faire de La Poste une entreprise « normale ». Opportunité supplémentaire, ce rapprochement est facilité par l’opération de nationalisation de la CNP (cf. infra).

Mais, en termes de stratégie, l’intégration de La Poste dans la Caisse des Dépôts ne changera rien. Les problèmes ne seront pas plus traités demain qu’ils ne le sont aujourd’hui.

Pour s’en sortir, La Poste a longtemps espéré que le salut viendrait de son activité bancaire. Contrairement au courrier, cette dernière ne parait pas condamnée du fait de l’évolution technologique. Son poids est plus significatif que, disons, la collecte des papiers. Enfin, les implantations géographiques des réseaux de distribution postal et bancaire se chevauchent, laissant miroiter une fongibilité à moyen terme entre les effectifs de ces deux réseaux, ce qui éviterait une importante casse sociale.

Mais la Banque Postale déçoit. Son développement est loin de répondre aux ambitions. Elle est plombée par sa surexposition aux dépôts de ses clients alors même qu’elle doit replacer sa trésorerie excédentaire à taux négatif auprès de la Banque Centrale. Son cœur de clientèle est constitué par des personnes à faibles revenus. Les jeunes, qui restaient souvent clients jusqu’à la souscription d’un crédit immobilier, fuient en masse vers les banques internet. Les charges d’exploitation restent trop lourdes. Les innovations technologiques … ne sont pas très innovantes (la Banque Postale est la dernière à annoncer la création de sa banque « internet » ; elle sera l’une des seules à être payante). La diversification sur les entreprises, les personnes à haut revenu, les assurances et l’asset management est lente et en retard par rapport aux objectifs.

Confrontée à toutes ces difficultés, la Banque Postale aurait dû augmenter ses capitaux propres pour respecter les règles prudentielles européennes. Mais son actionnaire direct (La Poste) est désargenté et son actionnaire indirect (l’Etat) peu enthousiaste compte tenu de l’impact sur le budget.

D’où l’idée du mariage avec CNP qui constitue le second problème de ce Meccano financier. Cette société d’assurances a ses propres difficultés. Elle est détenue par la Caisse des Dépôts, La Poste, le groupe BPCE et le Public. Principale particularité : elle ne dispose pas de réseau commercial en propre. Elle fabrique des produits financiers dont elle confie la commercialisation à des partenaires, généralement bancaires. Cette stratégie n’est pas adaptée à la situation actuelle. Les banques, à la recherche de rentabilité additionnelle, investissent massivement dans l’assurance. Elles n’ont plus besoin d’assureurs externes pour concevoir leurs produits.

La CNP en souffre. En France, elle travaillait avec BPCE et la Banque Postale. BPCE vient de confier à sa filiale Natixis la conception de ses contrats d’assurance-vie. Au Brésil, autre point fort géographique de la CNP, elle a été contrainte de revoir ses accords de distribution dans un sens beaucoup moins favorable.

Mais la CNP est riche. Le rapprochement avec la Banque Postale résoudrait de fait les problèmes de solvabilité de cette dernière. La Caisse des Dépôts échangerait sa position comme actionnaire de la CNP par sa prise de contrôle de La Poste. Mais l’opération ne doit pas être trop coûteuse en cash. Les Pouvoirs Publics espèrent que la Banque Postale n’aura pas à lancer une OPA sur les titres CNP, ce qui devrait être le cas si la réglementation financière est respectée. Il est espéré une dérogation de l’AMF…

Au-delà des discours de convenance, cette opération n’a que peu d’intérêt stratégique. La CNP restera une usine à fabriquer des produits d’assurance. La Banque Postale restera une banque généraliste. Elle continuera à commercialiser les contrats d’assurance-vie et d’assurance emprunteur conçus par CNP. Mais, même dans ce domaine, il n’est pas sûr que le rapprochement fluidifie les relations. Depuis l’annonce de la fusion, la part de produits estampillés CNP baisse dans le chiffre d’affaires de La Banque Postale. Et les autres produits d’assurance (IARD notamment) restent à inventer. La CNP ne bénéficiera d’aucun secours postal dans son développement commercial multi-canal.

La Banque Postale obtiendra probablement un avantage dans son activité d’asset management. La CNP sera contrainte d’augmenter les encours financiers qu’elle confie à LBP AM. Mais l’impact sera au global limité. Et il n’est pas certain que ce soit favorable aux assurés de la CNP.

En Allemagne, les investisseurs se sont gaussés du projet de rapprochement entre Deutsche Bank et Commerzbank (finalement abandonné), le mariage de l’aveugle et du paralytique. Mais, au moins dans ce pays, l’objectif était de traiter les problèmes (notamment de sureffectifs). C’est pour cela d’ailleurs qu’il a échoué. En France, l’ambition inavouée de notre Meccano financier est de les cacher sous le tapis.

Cela ne durera qu’un temps. Areva et EDF ont coûté 9,3 milliards d’euros aux finances publiques en 2017… Il est dommage que nos députés se soient trompés de combat.