Edito du 14 aout

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House of Cards ?

Nul ne sait s’il sera réélu l’an prochain, mais Donald Trump aura marqué de son empreinte sa présidence. Il a renié les engagements diplomatiques pris par son pays, transféré l’ambassade américaine à Jérusalem, séparé les enfants immigrés de leurs parents, vilipendé les musulmans, étrangers et citoyens ayant la mauvaise couleur de peau, mis en œuvre une baisse massive des impôts dans une économie en surchauffe, … Il a également engagé une guerre commerciale tous azimuts avec ses alliés (Canada, Mexique, Europe, Inde) comme avec ses ennemis, au premier rang desquels figure naturellement la Chine. Les marchés financiers palpitent en prenant connaissance de ses fameux tweets.

Ils étaient euphoriques en début d’année, croyant lire dans les gazouillis de l’internaute la promesse d’une trêve avec l’Empire du Milieu. N’avait-il pas transigé avec le Canada et le Mexique pour mettre en œuvre un nouveau traité commercial ressemblant comme du Canada Dry à l’accord ALENA ? Ils ont connu quelques sueurs froides au mois de Mai quand, finalement, le tweeter fou estimait que le compte n’y était pas avec les chinois, s’en prenant même à l’un des symboles de leur puissance technologique, Huawei. Nouvelle accalmie avec la promesse de palabres lors du dernier G20. Mais c’était pour mieux repartir en guerre avec l’annonce de tarifs intégrant la plupart des biens de consommation importés de Chine. Cette fois, les dirigeants de l’Empire du Milieu ont réagi vigoureusement annonçant la fin de l’achat des denrées agricoles américaines et permettant à leur monnaie, le yuan, de s’affaiblir par rapport au dollar.

Les marchés financiers ont pris peur. Ils ont baissé jusqu’à 10 % à mesure que les mauvaises nouvelles s’accumulaient. Ils craignent notamment un engrenage conduisant à des restrictions commerciales de grande ampleur susceptibles de menacer la croissance mondiale. Les grandes puissances exportatrices (Chine, Allemagne, Italie) souffrent déjà des escarmouches engagées l’an dernier. Les tensions actuelles les concernent au premier chef mais les autres économies mondiales seraient également affectées.

Au début de son mandat, les élus démocrates espéraient pouvoir engager une procédure d’ « impeachment » contre le président américain au prétexte qu’il n’aurait pas toute sa raison. Ils y ont renoncé n’ayant aucune chance de convaincre les parlementaires américains. Car Donald Trump est loin d’être fou ou sénile. Il est mu aujourd’hui par un seul objectif : être réélu l’an prochain. Il est convaincu de disposer d’une base électorale solide et fidèle, les « Joe Six Packs ». Il les fidélise par ses diatribes contre les immigrés ou les musulmans. Mais, pour gagner l’élection, il doit mobiliser au-delà de son cœur électoral. Pour atteindre cet objectif, il a besoin d’une part, d’une économie vigoureuse et d’un marché financier florissant, et, d’autre part, de montrer qu’il agit pour protéger le citoyen américain contre les prédateurs commerciaux et les ennemis politiques. Le protectionnisme est plutôt populaire aux Etats Unis. La Chine, par son comportement déloyal, est devenu le concurrent à abattre pour une grande majorité d’américains, de parlementaires et de juges,

Dans un tel contexte, la stratégie de Donald Trump est assez facile à lire. Il doit montrer qu’il combat vigoureusement l’Empire du Milieu et protège les emplois industriels sans casser la dynamique économique. C’est compliqué car, justement, le protectionnisme ponctionne la croissance, même pour un pays comme les Etats Unis où la part des exportations dans le PIB est relativement faible.

Pour résoudre la quadrature du cercle, le président des Etats Unis a besoin de l’aide de la banque centrale américaine. Les hausses de taux qu’elle avait infligées à l’économie pendant deux ans en 2017 et 2018 avaient fait craindre aux experts économiques qu’elle ne précipiterait les Etats Unis dans une récession en 2020. Une perspective inenvisageable pour Trump.

Le recul de l’inflation a convaincu la Fed en début d’année qu’il n’était plus nécessaire de poursuivre la politique de durcissement monétaire. Toutefois, dans un contexte de croissance encore vigoureuse, la Fed ne prévoit pas, pour l’instant, de desserrer l’étreinte autant que ne l’espèrent les marchés ou Donald Trump. Car, celui qui se présentait comme un faucon monétaire pendant la campagne électorale est aujourd’hui le plus keynésien des américains.

Qu’espère le président américain ? Dans un premier temps, il souhaite que la Fed s’engage sur une baisse des taux plus prononcée que celle promise aujourd’hui. La pression est maximale sur Jeremy Powell. Ensuite, il a besoin d’un accord, même symbolique, avec les chinois. Nul doute qu’il l’obtiendra, ces derniers subissant actuellement de fortes contraintes politiques et économiques. L’année 2020 pourra alors s’engager sur de solides fondations. Des relations commerciales plus apaisées, des marchés financiers rassurés, une croissance américaine solide avec un président qui aura montré qu’il savait faire plier les chinois. Idéal pour engager la campagne de réélection.

Les marchés financiers peuvent rester chaotiques au cours des prochaines semaines. Les investisseurs ne peuvent pas suivre Trump dans son jeu de poker menteur. Mais ceux qui savent résister à la pression du court terme devraient y trouver leur compte ultérieurement.