Edito du 6 septembre 2017

Bardés de diplômes et bénéficiant de dizaines d‘années d’expérience, les gérants de fonds sont supposés représenter une source de sagesse pour anticiper l’évolution des marchés financiers. La performance des fonds est normalement corrélée à la qualité des prédictions. L’année écoulée montre toutefois qu’avant d’investir, l’épargnant avisé gagnerait autant à écouter la Pythie du temple d’Apollon à Delphes qu’à suivre les prévisions des gérants de fonds.

Le mauvais karma a débuté avec le référendum britannique. La victoire du Brexit n’avait pas du tout été anticipée, ainsi qu’en atteste le décrochage de plus de 10 % de la livre le lendemain de l’élection.

Les gérants et investisseurs professionnels n’ont pas eu plus de chance avec l’élection présidentielle américaine. Ils avaient prédit une victoire d’Hillary Clinton, Donald Trump a gagné. Ils pensaient qu’en cas de victoire, improbable, de ce dernier, les marchés s’effondreraient, Wall Street a grimpé de plus de 10 % dans les jours qui ont suivi l’élection.

Pour justifier, a posteriori, le rally boursier, ils nous ont expliqué que les promesses de Donald Trump (réforme fiscale, dérégulation financière, grands travaux) se traduiraient par une accélération de la croissance, une résurgence de l’inflation et un raffermissement du dollar. Les « small caps » américaines devaient être les principales bénéficiaires de ce « changement de paradigme » économique.

Un an après, rien ne s’est déroulé comme prévu. Aucune des mesures proposées par Donald Trump n’a pu être approuvée par les deux chambres législatives. L’incapacité à abroger le dispositif honni par tous les républicains, l’Obamacare, fait craindre un « flop » sur la réforme fiscale. Les dépenses d’infrastructure sont en baisse cette année et ne progresseront pas avant plusieurs années.

Au plan financier, l’inflation s’est tassée concomitamment à l’affaiblissement du prix de l’énergie. La Banque Centrale US n’a de ce fait que très progressivement durci sa politique monétaire. Le cours des obligations s’est stabilisé depuis le début de l’année. Le dollar ne s’est pas raffermi mais affaibli, notamment contre l’Euro. Le taux de croissance américain est stable, inférieur cette année à celui de la zone Euro, soutenu non pas par les mesures Trump mais par le dollar.

Les petites et moyennes valeurs américaines, ainsi que les entreprises cycliques, après leur progression post élection, ont sous-performé par rapport aux valeurs de croissance qui « tirent » Wall Street depuis le début de l’année.

Et si les indices boursiers américains sont au plus haut, faisant craindre l’existence d’une bulle spéculative, ils sont en baisse significative lorsque les cours sont convertis en euros. Il ne fallait pas jouer les marchés américains cette année si on était européen.

La situation est comparable pour les marchés européens. Ils devaient bénéficier de la réduction du risque politique suite aux élections néerlandaises, autrichiennes et, surtout, françaises. Les marchés stagnent depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron.

Le plus étonnant est que, malgré ces erreurs de prédiction successives, les marchés financiers ont globalement progressé depuis le début de l’année et que les gérants semblent dans leur majorité, au contraire de l’année 2016, réussir à surperformer par rapport aux indices de marché (ce que l’on appelle dans le jargon financier « générer de l’alpha »).

Un célèbre économiste, Fama, avait introduit au début des années 1970 la théorie de l’efficience des marchés : à un instant donné, le cours d’une action reflète toutes les informations disponibles. Cette théorie a depuis été contestée à de nombreuses reprises. Un chose est sûre : elle ne s’applique pas aux prédictions. Comme le rappelle Warren Buffett, les prévisions vous disent beaucoup sur ceux qui les font, elles ne vous disent rien sur l’avenir.