Edito du 28 Décembre 2017

En cette période de Noël où les actualités sont au régime sec, la presse ne parle plus que de cela : la frénésie autour du « bitcoin ». Cette monnaie virtuelle vole de sommet en sommet depuis un an, sa valeur ayant été multipliée par dix au cours de la période. Les spéculateurs affluent, gonflés par ce que les anglo-saxons appellent le « FOMO » - Fear Of Missing Out ». Les experts financiers tirent la sonnette d’alarme. Nouriel Roubini, connu pour son « cygne noir », qualifie la fièvre autour du bitcoin de « gigantesque bulle spéculative ». Jamie Dimon, le patron de JP Morgan Chase, considère que le bitcoin est une « fraude ». Ce qui n’empêche pas le même Jamie Dimon, ainsi que d’autres grandes banques d’affaires telle Goldman Sachs, de construire une offre financière autour du bitcoin.   

La presse a largement vulgarisé la technologie sur laquelle repose le bitcoin : la « blockchain ». Il s’agit de livres de compte décentralisés qui enregistrent les transactions de manière sécurisée sans intervention d’une autorité monétaire centrale. Cette technologie connait un important essor dans des domaines autres que la monnaie. Elle est ainsi aujourd’hui utilisée pour comptabiliser les valeurs mobilières ou pour constituer un cadastre informatisé.

S’appuyant sur la technologie de la « blockchain », le bitcoin change de propriétaire grâce à des tiers qui valident la transaction. Ils sont appelés « miners » et sont payés en bitcoins.

L’inventeur du bitcoin, qui n’est connu que sous son pseudonyme, a fixé lors de sa création un certain nombre de principes concernant notamment la création de nouvelle monnaie. L’objectif était d’en limiter le développement jusqu’à ce que l’encours de bitcoins atteigne un plafond qui ne puisse être dépassé.

Pourquoi le bitcoin a-t-il connu un tel succès ?

La monnaie virtuelle a attiré plusieurs types de populations qui lui ont croitre de manière exponentielle. Les premiers à être conquis ont été les « geeks » informatiques, lointains héritiers des libertariens américains. Ils ont été séduits par l’absence d’autorité monétaire alors même que le monde financier s’était écroulé après la chute de Lehman. Le bitcoin a par la suite attiré diverses mafias et pègres qui ont cherché à bénéficier de son anonymat. Enfin, les spéculateurs ont pris le train en marché souhaitant profiter de l’explosion des cours pour s’enrichir facilement et rapidement.

Compte tenu du rationnement de l’offre de nouveaux bitcoins, les cours de la monnaie ont explosé au fur et à mesure de l’arrivée de nouveaux acheteurs.

Le bitcoin commence à être accepté pour payer certaines transactions, souvent illégalement, mais, parfois, légalement. Peut-il un jour devenir une nouvelle monnaie, au même titre par exemple que le dollar ou que l’euro ?  

Pour être acceptée, une monnaie doit remplir trois fonctions : une réserve de valeur, un moyen d’échange et une unité de compte.

L’extrême volatilité du bitcoin limite son utilisation comme réserve de valeur et comme moyen d’échange. Quel épargnant à long terme accepterait que ses économies puissent perdre 30 % à tout moment même si, pour l’instant, il serait gagnant sur une longue période ? Quel commerçant accepterait de prendre un tel risque de change ? Le bitcoin ne s’en sort pas mieux comme unité de compte. Le coût du financement en bitcoins d’une résidence principale aurait été multiplié par huit en dix mois rendant impossible le remboursement de ses échéances par un salarié payé en dollars ou en euros.

Il paraît donc peut probable que le bitcoin puisse à court ou moyen terme devenir une véritable monnaie, son extrême volatilité faisant partie de ses gênes. Mais la hausse peut-elle continuer ?

Le bitcoin va être confronté à plusieurs obstacles.

Pour pouvoir être utilisé comme monnaie d’échange, l’or doit être extrait de la mine et transporté sur son lieu d’utilisation. Contrairement à une idée reçue, le coût d’utilisation du bitcoin n’est pas nul. Les « miners » consomment de la puissance informatique et de l’énergie. Ils utiliseraient aujourd’hui plus d’électricité pour faire fonctionner le bitcoin que le Danemark. Les problèmes de puissance informatique entravent les transactions et les coûts de l’énergie progressent rapidement. Les « miners » sont majoritairement situés en Chine où l’électricité est la moins chère.

Deuxième obstacle majeur, le bitcoin n’offre pas toutes les garanties en termes de sécurité. Si la technologie de la « blockchain » n’a pas été violée jusqu’à présent, les bourses sur lesquelles s’échangent les bitcoins font l’objet d’attaques récurrentes. Certaines bourses ont vu leurs dirigeants partir avec la caisse – pleines de bitcoins. De nombreux souscripteurs ont été volés et leur monnaie ne sera jamais retrouvée puisque la blockchain est totalement anonyme.

Troisième obstacle, la gouvernance. Sans créateur identifié, sans autorité régulatrice, il n’y a pas de pilote accepté de tous pour gérer la monnaie. Lorsque des problèmes sont apparus, par exemple la difficulté pour créer de nouveaux bitcoins, les utilisateurs, regroupés en plusieurs écoles, n’ont pu s’entendre, et se sont divisés sur la solution à adopter. Il y a ainsi aujourd’hui plusieurs sortes de bitcoins.

Enfin, le bitcoin est à la merci des décisions régaliennes des autorités centrales. Le développement de cette nouvelle monnaie peut gêner les pouvoirs publics de deux manières. Il peut offrir un exutoire facile pour le blanchiment de l’argent sale. Il entrave par ailleurs l’action des banques centrales pour maîtriser l’offre de monnaie circulant dans l’économie. Nul doute que, lorsque la pression populaire deviendra trop forte, des mesures seront prises pour freiner l’expansion de la monnaie.

Le bitcoin ne surmontera probablement pas tous ses obstacles. Sa hausse, erratique, n’est peut-être pas terminée mais il finira pas succomber de ses rigidités. Son ascension montre cependant qu’il y a de la place pour une monnaie alternative aux monnaies étatiques. Celle-ci existe peut-être parmi les nombreux concurrents au bitcoin ou sera prochainement inventée.

Pour plus d'informations, vous pouvez vous adresser à nos conseillers au 01.42.85.80.00 ou sur : info@maubourg-patrimoine.fr.

Vous pouvez également nous retrouver sur notre site dédié aux entreprises : www.maubourg-entreprise.fr et vous abonner à notre fil Twitter, à nos pages Twitter,  Linkedin,   Facebook .