Une enquête FLASHS pour Ymanci chiffre ce que coûte aux parents l’hébergement prolongé d’un enfant adulte. Quarante-sept pour cent ont rogné sur leurs loisirs ou leurs vacances, 11 % ont emprunté. Et trois quarts des jeunes concernés travaillent.
Près de 4,1 millions de jeunes adultes de 23 à 34 ans vivent ou ont vécu chez leurs parents à l’âge adulte. L’enquête réalisée par FLASHS pour Ymanci, publiée le 17 septembre, s’est intéressée à ce que cette cohabitation coûte à ceux qui hébergent plutôt qu’à ceux qui sont hébergés. Quatre-vingt-trois pour cent des parents concernés ont vu leurs dépenses courantes augmenter depuis le retour ou le maintien de leur enfant au domicile.
Pour absorber ce surcoût, 47 % ont réduit leurs loisirs ou leurs vacances. Onze pour cent ont contracté un prêt. Le transfert intergénérationnel dont on parle habituellement, celui de la succession, se joue ici à l’envers et bien avant l’heure : ce sont les parents qui ponctionnent leur capacité d’épargne et parfois leur capacité d’emprunt, au moment précis de leur vie où ils devraient constituer le complément de revenus qui financera leur retraite.
Trois quarts des hébergés ont un emploi
La partie la plus intéressante de l’enquête concerne le profil de ces jeunes adultes, parce qu’elle contredit la représentation ordinaire. Soixante-quatorze pour cent occupent un emploi. Près de la moitié, 48 %, sont en contrat à durée indéterminée. Et 29 % gagnent plus de 1 900 euros nets par mois tout en restant au domicile familial.
Ce ne sont donc pas majoritairement des étudiants prolongés ni des demandeurs d’emploi. Ce sont des actifs stables dont le revenu ne permet pas d’accéder à un logement autonome dans le bassin où ils travaillent. La contrainte est immobilière avant d’être générationnelle : niveau des loyers, exigences des bailleurs en matière de garanties, apport nécessaire pour acheter, taux de crédit remontés à la rentrée.
L’enquête a été menée du 6 au 8 juillet par questionnaire auto-administré en ligne auprès de deux échantillons de 1 000 personnes, l’un composé de jeunes vivant ou n’ayant jamais quitté le foyer familial, l’autre de parents hébergeant ou ayant hébergé leur enfant de 23 ans ou plus, issus d’un panel de 2 296 personnes représentatif des 23-34 ans.
Le contexte de crédit n’arrange rien. Les taux immobiliers sont repartis à la hausse à la rentrée, et l’écart entre le barème affiché par une banque et celui réellement négocié reste large, ce qui pénalise d’abord ceux qui n’ont ni apport ni interlocuteur. Un actif à 1 900 euros nets emprunte peu, quelle que soit la stabilité de son contrat.
La durée pèse autant que le montant, et l’enquête ne la mesure pas. Une cohabitation de six mois après une rupture ou une fin de contrat ne produit pas les mêmes effets qu’un maintien de sept ans. Les 11 % de parents ayant emprunté pour absorber le surcoût indiquent que, dans une partie des cas, la situation a cessé d’être transitoire avant que quiconque ne l’ait décidé.
Un angle mort des calculs patrimoniaux
Cette solidarité descendante n’apparaît dans aucune simulation de retraite. Les outils de projection demandent l’âge, le revenu, la capacité d’épargne mensuelle et le patrimoine existant. Aucun ne demande si un enfant de trente ans vit encore à la maison, et pour combien de temps encore. Le parent qui renonce à 200 euros d’épargne mensuelle pendant cinq ans perd bien davantage que 12 000 euros, puisqu’il perd aussi ce que ces versements auraient produit sur les vingt années suivantes.
Elle n’apparaît pas davantage dans la statistique du niveau de vie des jeunes actifs, qui les traite comme des ménages autonomes. Un célibataire à 1 900 euros nets logé gratuitement dispose d’un reste à vivre sans commune mesure avec celui d’un locataire au même salaire. La comparaison entre générations s’en trouve faussée dans les deux sens.
La question se pose aussi du côté des jeunes concernés. Vivre chez ses parents avec un revenu stable permet d’épargner vite, et une partie d’entre eux constitue ainsi l’apport qui rendra l’achat possible. Pour les autres, la charge de logement étant nulle, le train de vie s’ajuste au revenu disponible plutôt qu’à la capacité d’épargne, et la sortie devient chaque année un peu plus difficile à financer.
Pour les familles concernées, la question pratique est celle de la formalisation. Une participation aux charges, même modeste, une convention d’occupation à titre gratuit, une trace écrite de ce qui est donné et de ce qui est avancé : ces précautions paraissent excessives entre parents et enfants jusqu’au jour où une succession s’ouvre avec plusieurs héritiers, dont un seul a été hébergé pendant sept ans.
Quatre-vingt-trois pour cent de parents qui dépensent plus, 11 % qui empruntent, et une génération de futurs retraités qui ne saura pas, le moment venu, à quoi attribuer le trou dans son épargne.
