Le 1er octobre, jour de la présentation du budget 2027, le taux des emprunts d’État à dix ans a touché 4,96 %, un niveau que la France n’avait plus connu depuis 2002. Celui qui prête aujourd’hui est rémunéré au-dessus de l’inflation. Celui qui détient des obligations plus anciennes ou un fonds en euros attendra davantage.
Jeudi 1er octobre, pendant que le gouvernement présentait son projet de loi de finances en conseil des ministres, l’Agence France Trésor (AFT), qui gère la dette de l’État, plaçait 11,999 milliards d’euros de titres auprès des investisseurs. Pour son obligation assimilable du Trésor (OAT) à échéance novembre 2036, elle a dû consentir un taux moyen de 4,93 %. Le même jour, le rendement à dix ans a touché 4,96 % sur le marché, un record depuis 2002 selon l’Agence France-Presse. Le 19 janvier, le taux de référence à dix ans publié par l’AFT s’établissait à 3,53 %. Le 7 octobre, il était de 4,83 %.
En moins de neuf mois, le prix de l’argent prêté à la France a donc augmenté de 1,3 point. L’écart avec l’Allemagne est monté jusqu’à 152 points de base en séance le 5 octobre, ce que les relevés de Trading Economics n’avaient plus montré depuis 2011. Claudia Panseri, directrice des investissements d’UBS Wealth Management France, relevait le 2 octobre que Paris empruntait à environ 4,7 %, contre 4,6 % pour Rome, que Moody’s note pourtant cinq crans plus bas. La société de gestion allemande DWS décrit, dans une note du 7 octobre, « une épreuve de confiance, et non une crise de refinancement ». Elle observe que le coût de l’assurance contre un défaut français a plus que doublé en un mois, à 253 points de base, quand celui de l’Italie est à 70. Près de la moitié des quelque 3 000 milliards d’euros d’obligations d’État françaises est détenue par des investisseurs étrangers, rappelle-t-elle. Le budget présenté ce jour-là prévoit un déficit ramené de 5,4 % à 5,0 % du produit intérieur brut (PIB) et 340 milliards d’euros d’émissions à moyen et long terme en 2027, après 310 milliards cette année. L’AFT chiffre la charge de la dette de l’État à 72,9 milliards d’euros en 2027, contre 62,6 milliards cette année.
Le prêteur est de nouveau payé
Pour l’épargnant, tout dépend de la date à laquelle il a prêté. « Les obligations ne sont donc pas devenues sans risque. Mais, pour la première fois depuis longtemps, ce risque est correctement rémunéré », écrit Alexis Bienvenu, gérant à La Financière de l’Échiquier, dans une note titrée « L’heure des prêteurs ». Il calcule que les taux à dix ans des grands pays développés se situent de 300 à 500 points de base au-dessus de leurs points bas de 2020. L’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) estime la hausse des prix à 3,0 % sur un an en septembre. Un titre d’État à 4,83 % rapporte donc 1,8 point de plus que l’inflation, quand le Livret A sert 1,7 % jusqu’au 31 janvier 2027. Pour les livrets réglementés, Karen-Laure Mrejen, fondatrice de Swaive, estime dans Tout sur mes finances qu’« il y a de fortes chances qu’en février, la Banque de France propose au gouvernement de revoir leur taux à la hausse ».
Le tableau est moins plaisant pour qui possède déjà des obligations ou des parts de fonds obligataires. Quand les taux montent, les titres émis plus tôt, moins bien rémunérés, perdent de la valeur à la revente. Les professionnels restent d’ailleurs sur leurs gardes. Rob Dishner, gérant obligataire chez Neuberger, relevait dans un commentaire diffusé le 2 octobre « une forte volatilité sur les spreads français », ces écarts de taux avec les autres pays, « qui commence désormais à se propager à d’autres segments du marché des dettes souveraines européennes ». Pictet Wealth Management disait le 5 octobre sous-pondérer les emprunts d’État des pays du cœur de la zone euro. DWS se déclare neutre sur les OAT et leur préfère les obligations d’entreprises bien notées.
Les fonds en euros suivront avec retard
Reste le fonds en euros de l’assurance vie. Selon l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), il a rapporté 2,63 % en moyenne en 2025, autant qu’en 2024 et moins que l’inflation actuelle. Ces fonds sont investis en obligations achetées au fil des années. Les titres acquis aujourd’hui à près de 5 % ne relèvent le rendement moyen du portefeuille qu’à mesure que les anciens arrivent à échéance. Le cabinet Good Value for Money prévoit 2,90 % pour 2026. L’actuaire Gildas Robert, cité par MoneyVox, table sur 2,80 % : « Les assureurs veulent maintenir un taux de rendement attractif en 2026. »
La Banque centrale européenne (BCE) a relevé ses taux d’un quart de point le 10 septembre, portant celui des dépôts à 2,50 %, et se réunit de nouveau les 28 et 29 octobre, alors que l’inflation de la zone euro a atteint 3,8 % en septembre. Avant cela, l’Assemblée nationale ouvre le débat budgétaire le 13 octobre. Moody’s, qui attribue à la France la note Aa3 assortie d’une perspective négative, doit revoir sa copie le 23.
