Succession et transmission du patrimoine

Renonciation à une succession : les donations reçues par le parent ne pénalisent plus le barème des petits-enfants

Dans un arrêt du 8 juillet 2026, la Cour de cassation apporte une clarification favorable aux héritiers venant à une succession par représentation. Lorsqu'un enfant renonce et que ses propres enfants héritent à sa place, les donations antérieurement reçues par le parent renonçant ne doivent pas être prises en compte pour déterminer les tranches du barème applicables aux petits-enfants.

Cette décision renforce l'intérêt du « saut de génération », tout en imposant de bien distinguer le traitement de l'abattement de celui du barème progressif des droits de succession.

Représentation successorale après renonciation et transmission aux petits-enfants

Ce qu'il faut retenir

Les donations reçues par le parent renonçant peuvent encore diminuer l'abattement de 100 000 € transmis aux représentants lorsqu'elles ont moins de quinze ans. En revanche, elles ne consomment pas les tranches du barème progressif personnel de chaque petit-enfant.

Comment fonctionne la représentation successorale ?

En principe, une personne qui renonce à une succession est considérée comme n'ayant jamais été héritière. Dans certaines situations, ses descendants peuvent néanmoins venir à la succession à sa place : ils héritent alors « par représentation ».

Ce mécanisme joue notamment en ligne directe, sans limitation de degré. Les petits-enfants peuvent ainsi représenter leur parent dans la succession d'un grand-parent. Il permet une transmission directe à la génération suivante, sans passage préalable du patrimoine par le parent renonçant.

Attention : la renonciation porte sur l'ensemble de la vocation successorale légale. Elle ne permet pas de choisir les biens auxquels l'héritier renonce. Une analyse civile préalable est donc indispensable.

Ce que décide la Cour de cassation

L'affaire concernait des petits-enfants appelés à la succession de leur grand-mère après la renonciation de leur parent. L'administration fiscale estimait que les donations reçues par ce parent moins de quinze ans avant le décès avaient déjà consommé une partie des tranches basses du barème.

La Cour de cassation rejette cette analyse. L'article 784 du Code général des impôts vise les donations antérieurement consenties au donataire, à l'héritier ou au légataire lui-même. Or les petits-enfants représentants n'avaient pas personnellement reçu les donations faites à leur parent. Celles-ci ne pouvaient donc pas leur être opposées pour appliquer le barème de l'article 777 du CGI.

Abattement et barème : deux traitements différents

L'abattement attaché au parent représenté est partagé entre ses enfants et peut avoir été réduit par les donations qu'il avait reçues. En revanche, chaque représentant applique son propre barème progressif en ligne directe, en repartant de la première tranche.

Un exemple chiffré : 21 806 € de droits économisés par petit-enfant

Un grand-parent a donné 1,3 million d'euros à sa fille en 2020. À son décès en 2026, il laisse un patrimoine de 400 000 €. La fille renonce et ses deux enfants viennent à la succession par représentation. Chacun reçoit 200 000 €.

L'abattement de 100 000 € du parent ayant déjà été consommé, les petits-enfants ne disposent plus d'abattement. La différence porte uniquement sur le point de départ du barème.

MéthodePoint de départ du barèmeDroits par petit-enfant
Ancienne méthode retenue par la cour d'appelTranche à 30 %60 000 €
Méthode de la Cour de cassationBarème vierge à partir de 5 %38 194 €

Dans cet exemple, la nouvelle méthode réduit les droits de 21 806 € par petit-enfant, soit 43 612 € pour les deux représentants.

Quelles conséquences pratiques pour les familles ?

Un saut de génération plus attractif

La transmission s'effectue directement aux petits-enfants avec un seul niveau de taxation, sans que le barème soit pénalisé par les donations reçues par leur parent.

Des dossiers passés à réexaminer

Les successions dans lesquelles l'administration a rappelé les donations du parent pour appliquer le barème aux représentants peuvent mériter une analyse, sous réserve des délais de réclamation.

L'abattement reste à contrôler

La décision ne remet pas à zéro l'abattement du parent représenté. Les donations de moins de quinze ans peuvent toujours l'avoir réduit ou entièrement consommé.

Les donations directes restent rappelées

Si le petit-enfant a lui-même reçu une donation du défunt au cours des quinze années précédentes, celle-ci demeure prise en compte pour ses propres droits.

Renoncer ou anticiper par une donation-partage transgénérationnelle ?

La renonciation peut être utile lorsque la transmission n'a pas été organisée avant le décès. Elle reste toutefois une solution globale et relativement rigide. Lorsque l'anticipation est encore possible, une donation-partage transgénérationnelle permet généralement de mieux répartir les biens entre enfants et petits-enfants, d'organiser les équilibres familiaux et d'utiliser les abattements disponibles au moment choisi.

Le choix doit être apprécié avec le notaire et les conseils de la famille en tenant compte de l'âge des intéressés, de la nature des actifs, des donations passées, des besoins du parent intermédiaire et des objectifs de chaque génération.

Questions fréquentes

Les petits-enfants récupèrent-ils automatiquement l'abattement de 100 000 € ?

Ils se partagent l'abattement dont aurait bénéficié leur parent représenté. Si cet abattement a été utilisé par des donations reçues depuis moins de quinze ans, seul le reliquat reste disponible.

Le barème repart-il toujours de zéro ?

Dans la situation jugée en ligne directe, chaque représentant bénéficie de son propre barème, sans rappel des donations reçues par le parent renonçant. En revanche, les donations reçues personnellement par le représentant restent prises en compte.

La décision vaut-elle aussi entre frères, sœurs, neveux et nièces ?

La prudence s'impose. L'arrêt concerne une représentation en ligne directe. Les règles du barème en ligne collatérale sont spécifiques et la décision ne tranche pas expressément le sort du rappel fiscal dans cette situation.

Peut-on contester des droits déjà payés ?

Une réclamation peut être envisageable si l'ancienne méthode a été appliquée. Elle doit être examinée rapidement au regard du dossier et des délais prévus par le Livre des procédures fiscales.

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Échanger avec un conseiller

Cette publication présente une information générale à la date du 21 août 2026 et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Toute décision de renoncer à une succession ou de contester une imposition doit être examinée avec votre notaire, votre avocat ou votre conseil patrimonial en fonction de votre situation.